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La traduction œcuménique de la Bible ou le rêve d'une Bible commune à tous les croyants

La Traduction oecuménique de la Bible est l’une des cinq versions de la Bible proposées par l’Alliance biblique française. Alors que le chantier de sa révision a été lancé en 2025 pour une durée prévisionnelle de cinq ans, nous vous proposons au travers de cet article de revenir sur l’histoire de cette traduction.

« Jamais je n’ai été plus heureux de perdre un pari ! » C’est par ces mots que le linguiste américain Eugène Nida saluait en 1975 l’aboutissement de la Traduction œcuménique de la Bible (TOB). Il pensait que la première traduction française de la Bible réalisée en commun par des exégètes catholiques, protestants et orthodoxes ne pourrait voir le jour en moins de dix ans. Il s’était trompé.

 

 

Les premiers jalons

 

L’initiative n’est venue ni des hiérarchies ecclésiastiques ni des maisons d’édition, mais d’une rencontre fraternelle entre le pasteur André Morel et l’abbé Jean Starcky, spécialiste des écrits de Qumrân. Avant même l’élan œcuménique officiel du concile de Vatican II, ils lancent l’idée d’une traduction commune de la Bible. En décembre 1961, les deux hommes réunissent les éditions du Cerf et l’Alliance biblique française pour évoquer le projet. Les débuts sont lents : chaque institution est alors engagée dans d’autres chantiers éditoriaux.

 

 

Une création originale

 

En 1964, l’impulsion est relancée par Olivier Béguin, alors secrétaire général de l’Alliance biblique universelle. Une révision commune de la Bible de Jérusalem, traduction catholique de référence, est d’abord envisagée. Des essais sont menés, mais le constat s’impose rapidement : les modifications nécessaires sont si nombreuses qu’elles altèrent profondément l’équilibre et l’identité de cette version. Le projet ne peut aboutir dans ce cadre. Il devient évident qu’il faut entreprendre une traduction nouvelle, directement à partir des textes hébreux et grecs. Le 23 janvier 1965, le lancement officiel de la TOB est acté. Catholiques et protestants s’engagent pleinement dans l’aventure. Les orthodoxes donnent leur accord de principe, mais signalent leur manque de spécialistes disponibles pour s’impliquer de manière équivalente.

 

 

Un chantier de dix ans

 

D’un commun accord, il est décidé que l’épître aux Romains serait le premier livre traduit, à titre d’épreuve. Selon le père Refoulé, « elle avait été au XVIe siècle le texte de nos divisions ; pouvait-elle devenir aujourd’hui le texte de notre rencontre ? ». L’essai est concluant et le travail se poursuit. Le 6 novembre 1972, la parution du Nouveau Testament complet de la Traduction œcuménique de la Bible est célébrée en l’église Saint-Germain-des-Prés. L’Ancien Testament est achevé trois ans plus tard : la TOB paraît dans son intégralité en 1975. Comme toute traduction nouvelle, elle suscite quelques critiques, mais c’est surtout l’aboutissement d’un projet d’une exigence et d’une qualité remarquables.

 

 

La révision de 1988

 

Dès le début des années 1980, la décision est prise d’engager une révision de la TOB. La recherche exégétique a progressé, notamment sur les sources du Pentateuque. Mais surtout, la multiplicité des traducteurs a parfois entraîné des variations regrettables dans le rendu de certains termes ou passages parallèles : une harmonisation s’impose. Pour souligner la place de la Bible dans le patrimoine spirituel de l’humanité, la parution de la Traduction œcuménique de la Bible révisée est célébrée à l’UNESCO à Paris, le 3 novembre 1988, suivie de deux célébrations liturgiques à Notre-Dame de Paris et à la Cathédrale Saint-Pierre de Genève.

 

 

La révision de 2010

 

Après des travaux consacrés à l’élaboration d’une concordance et à la révision des introductions et annotations du Pentateuque, une nouvelle révision de la TOB est décidée en 2004 et aboutit en 2010. Elle donne lieu à près de 2 000 interventions d’ampleur variable. Le projet prend surtout une dimension nouvelle grâce à une participation plus active des orthodoxes. À la suite d’une proposition de l’Institut de théologie orthodoxe Saint-Serge, il est décidé d’intégrer six livres de la Septante absents des Bibles protestantes et catholiques, mais reconnus par la tradition orthodoxe.

 

 

Une nouvelle étape

 

Pour accompagner le chantier de la TOB, l’Association œcuménique pour la recherche biblique (AORB) est fondée le 19 janvier 1966. Il s’agit alors de donner une assise juridique à ce projet audacieux et fragile, afin d’en assurer la réalisation puis la diffusion. Soixante ans plus tard, le contexte a changé et l’association a achevé sa mission. C’est désormais au sein de l’Alliance biblique française que s’écrit la suite de la Traduction œcuménique de la Bible : une nouvelle étape marquée par une révision générale de la traduction. L’histoire de la TOB continue…

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Article écrit par Nicolas Fouquet

Directeur des programmes