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La Bible à la Colombe ou le génie des originaux

La Bible à la Colombe est l’une des cinq versions de la Bible proposée par l’Alliance biblique française. Elle est particulièrement prisée du public protestant. Parue en 1978, elle vient de faire peau neuve avec une nouvelle mise en page et des notes mises à jour. Retour sur son histoire.

Le 9 mai 1978, la Bible à la Colombe est officiellement présentée aux représentants des Églises au Grand Palais à Paris. La soirée est animée par le pasteur André Thobois, alors président de l’Alliance biblique française. Présent à l’événement et issu d’une longue lignée protestante, l’ancien Premier ministre du général de Gaulle, Maurice Couve de Murville, fait remarquer combien « la mise à jour de cette nouvelle traduction (Segond) a le pouvoir d’émouvoir le coeur de nombreux protestants qui ont […] fait leurs classes avec cette Bible ». La publication de la Bible à la Colombe est alors l’aboutissement d’un long travail collectif et rigoureux.


Une révision de la Bible Segond

 

Louis Segond est un pasteur suisse dont la traduction de la Bible (Ancien Testament en 1877, Bible complète en 1880) a fait date. Aujourd’hui encore, de nombreuses personnes lisent sa traduction de la Bible dans une version remaniée sous les auspices de la Société biblique britannique et étrangère en 1910. Après la Seconde guerre mondiale, une enquête a été menée pour savoir s’il y aurait une pertinence à travailler sur une nouvelle traduction de la Bible en français. La conclusion a été de privilégier une amélioration de la traduction Segond plutôt que de créer une toute nouvelle version de la Bible. La Bible à la Colombe est donc une révision de la Bible Segond. « La large diffusion de cette traduction, les qualités réelles qui la caractérisent, l’attachement que tant de chrétiens lui manifestent depuis des années, justifient ce choix » pour Jules-Marcel Nicole, l’un des membres du comité de révision.

 

La traduction de Louis Segond a été conservée chaque fois qu’elle correspondait au texte original et à la langue en usage à l’époque.

Un travail d’équipe


Alors que le travail de Louis Segond avait principalement été l’oeuvre d’une personne, le choix de la collégialité a été fait pour sa révision. Plusieurs collaborateurs ont ainsi été mobilisés : une quinzaine d’hellénistes pour le Nouveau Testament de 1952 à 1962 (publié sous le titre Pains et Poissons), puis une demi-douzaine d’hébraïsants pour l’Ancien Testament de 1963 à 1973. Un comité de révision a été mis sur pied pour coordonner l’ensemble du travail. Présidé par Frank Michaeli, alors président de l’Alliance biblique française, il réunissait des théologiens, pasteurs et laïcs de Belgique, France et Suisse. Les principaux artisans de la traduction sont les professeurs Bernard Keller de Strasbourg, André Lacoque de Bruxelles et Jules-Marcel Nicole de Nogent-sur-Marne.

 

Frank Michaeli

 

La méthode de travail

 

« Louis Segond s’était rendu compte qu’une bonne traduction ne pouvait être ni littérale, ni libre, mais qu’elle devait être à la fois exacte, claire et correcte », expliquait Jules-Marcel Nicole. Il poursuivait : « Il a su atteindre ce triple objectif d’une manière remarquable. Pourtant, on peut tâcher de faire mieux encore dans ces domaines. » Comment y arriver concrètement ? Dans la préface des premières éditions de la Bible à la Colombe, le comité détaille sa méthode de travail. La traduction de Louis Segond (révisée en 1910) a été conservée chaque fois qu’elle correspondait au texte original et à la langue en usage à l’époque. Des modifications sont intervenues dans deux cas : celui où la connaissance des textes originaux permettait une meilleure traduction et celui où l’évolution de la langue française rendait indispensable une nouvelle formulation.

 

Mettre à la disposition du public une traduction qui lui permette de savoir exactement ce qu’il y a dans le texte original.

Un résultat de qualité

 

L’objectif du comité était le suivant : mettre à la disposition du public une traduction qui lui permette de savoir exactement ce qu’il y a dans le texte original. Sans connaître les langues bibliques, le lecteur devait être en mesure de se faire une idée de leur génie propre, avec leur vocabulaire, leur structure, ou encore leurs répétitions. Comme pour toute traduction ou révision, certaines personnes vont apprécier le résultat et d’autres seront plus critiques. La Bible à la Colombe n’y a pas échappé lors de sa sortie, même si l’accueil a été globalement bon. Le professeur Frank Michaeli relatait avoir « reçu de nombreux témoignages de satisfaction, surtout du côté des jeunes Églises francophones d’Afrique ». Aujourd’hui encore, quarante-cinq ans après sa parution, la Bible à la Colombe continue d’avoir un lectorat fidèle et fervent.

 

Un animal pour emblème

 

Cette révision de la Bible Segond de 1978 est plus généralement connue sous le nom de Bible à la Colombe. Ce titre provient du dessin choisi pour figurer sur la couverture de l’ouvrage. L’idée vient du professeur Henri Blocher qui estimait qu’à des fins publicitaires et d'un point de vue esthétique, il était préférable de ne pas se contenter d’une formulation plus classique du type « Segond révisée… ». Dès lors, pourquoi ce symbole ? « La colombe peut être vue comme une allusion au Saint-Esprit », confie le théologien baptiste. « On pouvait aussi penser à la colombe de la croix huguenote. »

 

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Article écrit par Nicolas Fouquet

Chef de projet et responsable de la collecte de fonds