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II. Le XVIe siècle. Une renaissance pour la Bible

Le XVIe siècle marque un tournant décisif dans l’histoire de la Bible. Depuis la chute de Constantinople en 1453, sont arrivés en Europe des manuscrits, jusque-là inconnus, des chefs-d’œuvre de l’Antiquité grecque. Les universitaires se penchent sur ces textes anciens et acquièrent de nouvelles méthodes de traduction et d’édition, mettant à profit la technologie de l’imprimerie.

Hans Holbein, Érasme écrivant,
1523, Huile sur panneau,
42 × 32 cm, Musée du Louvre,
Paris.

Certains de ces spécialistes en « humanités » (étude des textes anciens) vont tout naturellement étendre à la Bible leur savoir-faire et renouveler l’approche du texte en s’affranchissant du monopole exercé par les théologiens patentés de l’Église catholique. Jacques Lefèvre d’Étaples (1460-1536) est un prêtre catholique, bibliothécaire de l’abbaye de Saint Germain-des-Près, à Paris. Il publie en 1512 un commentaire des épîtres de Paul dans lequel il place côte à côte la version latine de Saint Jérôme et sa propre traduction latine réalisée à partir des manuscrits grecs

Érasme (1469-1536)

« Je souhaite que toutes les femmes lisent l’Évangile, qu’elles lisent les épîtres de Paul et que ces textes soient traduits dans toutes les langues des hommes »

Érasme réside à Rotterdam, mais voyage fréquemment à travers toute l’Europe. Il publie à Bâle, en 1516, un Nouveau Testament avec le texte grec et une nouvelle traduction latine de son cru. Cette édition servira de base à toutes les traductions en langue vernaculaire en Europe. Un dominicain italien, Sanctes Panignus (1470-1536) se livre à un travail analogue sur l’Ancien Testament en retraduisant en latin le texte hébreu. Son ouvrage paraît en 1528 à Lyon.
Tous font preuve d’une réelle préoccupation pour rendre la Bible compréhensible pour des personnes non spécialistes. « Je souhaite que toutes les femmes lisent l’Évangile, qu’elles lisent les épîtres de Paul et que ces textes soient traduits dans toutes les langues des hommes » dit Érasme dans l’introduction de son Nouveau Testament.

Bible de Lefèvre d'Étaples, 1534 Anvers, Fonds Société
biblique française

Lefèvre d’Etaples (1530)

C’est pour aider les prédicateurs dans son diocèse de Meaux que Lefèvre d’Étaples traduit le Nouveau Testament en français, à partir de la Vulgate mais avec quelques modifications effectuées d’après le grec. Il y ajoute des canevas de prédication pour les 52 dimanches de l’année et publie l’ouvrage en 1525. Son audace théologique n’est pas du goût de la Faculté de Paris qui exerce alors le pouvoir intellectuel.

En 1526, le Parlement de Paris interdit toute traduction de l’Écriture en français. Néanmoins Lefèvre d’Étaples se remet à la traduction de l’Ancien Testament et en 1530, il publie à Anvers la première traduction complète de la Bible en français. Ce sont les docteurs de l’Université de Louvain qui donnent leur approbation et cette Bible est publiée avec le privilège de l’empereur Charles Quint.

Olivétan (1535)

Frontispice de la Bible d'Olivétan, 4 juin 1535,
fonds SBF

Après le développement de la Réforme en France et en Suisse, les protestants souhaitent disposer eux-aussi d’une traduction de la Bible, mais traduite à partir des langues originales. En 1532, un synode des Églises vaudoises vote l’adhésion à la réforme et prend la décision de traduire la Bible. Ce projet sera mené en commun avec les protestants de Suisse. Il reste à trouver un traducteur compétent et les regards se tournent vers Robert Olivétan, un cousin éloigné du réformateur Jean Calvin. Par humilité, Olivétan commence par refuser plusieurs fois ce travail avant de l’accepter en 1533. S’il parvient à achever le travail, seul, dans un délai de deux années, c’est qu’il avait déjà traduit un certain nombre de passages de l’Ancien Testament et qu’il lui a suffi de compléter les textes manquants. Pour la traduction des livres canoniques de l’Ancien Testament, Olivétan utilise une abondante documentation et produit une œuvre originale. Sa traduction des livres apocryphes et du Nouveau Testament reste assez dépendante de celle de Lefèvre d’Étaples. On notera que, comme dans la traduction réalisée par Martin Luther (1534), la version d’Olivétan comporte les livres tardifs du judaïsme présents dans la version grecque de l’Ancien Testament, mais qui n’appartiennent pas au canon de la Bible hébraïque. Ces livres sont placés à la fin de l’Ancien Testament canonique et précédés d’un avertissement pour prévenir le lecteur de leur statut particulier.
Olivétan a réalisé un travail de précurseur en se confrontant, pour la première fois en français, aux textes originaux mais sa traduction comporte encore certaines maladresses. Elle sera de plus desservie par le choix du caractère gothique dans la première édition de 1535 qui, sans accentuation et avec une ponctuation sommaire, rend la lecture malaisée.

Bible de Genève, 1540, l'épée
de la page de titre, fonds SBF

Bible de Genève (1546) – Bible de Louvain (1550)

La version d’Olivétan a rapidement été révisée à Genève, et notamment par Jean Calvin qui ajoute à la Bible publiée en 1546 une préface maintes fois reprise dans la suite de l’édition biblique. La version de Lefèvre d’Étaples, quant à elle, a été révisée par les docteurs de l’Université de Louvain qui en publient une nouvelle version dès 1550, puis à nouveau en 1578 dans une révision qui connaît un succès durable.

Castellion (1555)

Sébastien Castellion (1515-1563), un érudit qui évolue dans l’entourage de Rabelais, Ronsard et du Bellay souhaite mettre la Bible à la portée des gens sans culture classique. Ce fin connaisseur des langues bibliques, réalise une traduction de la Bible très compréhensible en faisant preuve d’une certaine audace. Il invente des néologismes pour rendre certaines expressions idiomatiques des langues originales dans le français de son temps. Cette traduction que l’on peut qualifier de populaire, et qui se démarque donc des précédentes, est publiée pour la première fois en 1555.

Benoist (1566)

Il faut attendre le règne de Charles IX, en 1566 pour que paraisse la première Bible en français imprimée à Paris. Elle est l’œuvre de René Benoist (1521-1608), le régent de la Faculté de Paris qui répond à une sollicitation des imprimeurs désireux de ne pas rester à l’écart du marché de la Bible qui prend une certaine ampleur. Benoist ne réalise pas une traduction entièrement nouvelle, mais se contente de corriger ici et là quelques expressions dans la Bible de Genève qui sonnent un peu trop calvinistes. Conscient de la témérité de sa démarche, Benoist estime que l’hérésie protestante ne peut être combattue que par le contrepoison d’une véritable « Bible catholique ».

  Suite : III. La Bible au XVIIe siècle. Place à la belle langue

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