Alliance biblique universelle

Cultiver la pratique de la lecture de la Bible

Publié le 11 janvier 2018

Il y a quelques années, alors que je donnais un enseignement dans le cadre d’une conférence, j’ai été interloqué d’entendre un auditeur déclarer qu’il n’arrivait pas à imaginer qu’un républicain puisse affirmer prendre la Bible au sérieux. Peu de temps après, j’ai assisté à une scène analogue dans un autre contexte, sauf que cette fois-ci on nous expliquait que les républicains étaient les seuls à faire une lecture correcte de la Bible. Cela me fait penser à l’idée que je me fais d’une « bataille pour la Bible » telle qu’elle aurait pu se dérouler au premier siècle : d’un côté des pharisiens, de l’autre des sadducéens, et au milieu des disciples du Christ, lisant tous les mêmes Ecritures, mais faisant d’elles une lecture très différente, et parvenant à des conclusions diverses à propos de la nature de la fidélité envers Dieu. Comment cela est-il possible ?

Il est indéniable que cela est beaucoup lié à notre formation de lecteurs de la Bible et pas seulement aux mots qui sont imprimés sur la page. Cela souligne l’importance de la lecture de la Bible en tant que « pratique » ou « entraînement », puisque la notion de « pratique » suppose un caractère circulaire : formés par notre lecture de la Bible, nous devenons de meilleurs lecteurs de la Bible. Or, cela n’est pas dû au fait que nous devenions plus aptes à mettre en application les principes bibliques. La pratique de la lecture de la Bible ne consiste pas à apprendre comment mouler le message biblique sur la vie moderne et les besoins liés à notre époque. Au contraire, l’Ecriture aspire à remodeler la façon dont nous comprenons notre vie et dont nous identifions nos plus grands besoins. La Bible nous révèle qui nous sommes et ce que nous pouvons devenir, de manière à nous amener à partager l’évaluation qu’elle fait de notre situation, à découvrir sa promesse de restauration et à entendre le défi qu’elle nous lance de nous placer au service de la bonne nouvelle de Dieu.

Paradoxalement, peut-être, le fait de cultiver avant tout la pratique de la lecture de la Bible accorde la priorité à la formation chrétienne considérée de façon plus générale. En effet, il n’existe pas forcément de ligne directe qui mène de la lecture du texte biblique au fait d’en avoir une lecture chrétienne ; pour le dire de façon un peu plus tranchée, on peut être « biblique » sans être « chrétien ».

Lorsque Jésus reprend deux disciples sur le chemin d’Emmaüs parce qu’ils ont tant de mal à croire ce qu’avaient annoncé les prophètes, le problème n’est pas leur incapacité à lire les prophètes ou à les prendre au sérieux. Jésus leur demande : « Ne fallait-il pas que le Messie souffre ainsi avant d’entrer dans sa gloire ? » (Luc 24.27, BFC). « Bien sûr que c’était nécessaire ! » pourrions-nous répondre. Mais la question demeure : quels sont au juste les prophètes qui attestent cette nécessité ? Nous pourrions bien sûr citer Esaïe 53, mais nous devrions alors reconnaître que nous pouvons uniquement faire cette réponse parce que nous avons appris à faire une telle lecture de ce passage. Car, après tout, Esaïe 53 ne fait nullement mention du Messie et les contemporains de Jésus n’avaient certainement pas l’habitude de voir dans le serviteur de ce passage d’Esaïe un Messie appelé à souffrir. Le problème des disciples de Jésus était qu’il leur manquait les catégories cognitives nécessaires pour analyser les Ecritures ainsi. Ils ne pouvaient pas se contenter de faire du texte biblique une lecture pleine de bon sens. Il leur fallait apprendre qu’Esaïe parlait de Jésus. C’est bien dans ce sens que Luc indique : « Puis il leur expliqua ce qui était dit à son sujet dans l’ensemble des Écritures […] » (Luc 24.27, BFC).

Cet exemple met en évidence la nature intégrée des pratiques chrétiennes, et plus particulièrement la manière dont ces pratiques nous façonnent en tant que lecteurs de l’Ecriture. La formation chrétienne nous aide à faire une lecture chrétienne de l’Ecriture. C’est pourquoi il vaut la peine de réfléchir à l’influence qu’a sur notre lecture de la Bible le fait de réciter régulièrement le symbole des apôtres. Quelle influence a sur notre lecture de la Bible le fait de nous réunir régulièrement autour de la table du Seigneur, le fait d’avoir de fréquentes discussions avec des gens qui ne partagent pas notre foi, de manger régulièrement ensemble entre frères et sœurs qui partagent la même foi en Christ, et d’adresser nos prières à Jésus comme s’il était Dieu ? (Et qu’est-ce que ça change lorsque, inversement, nous ne pratiquons pas ces choses-là ?)

Bien sûr, la lecture de la Bible est en soi une pratique chrétienne centrale, de sorte que nous pouvons nous demander comment cultiver cette pratique parmi les autres – question que j’aborde plus en profondeur dans mon livre intitulé Seized by Truth : Reading the Bible as Scripture(Abingdon, 2007). Je me contenterai ici de proposer six pistes de réflexion.

(1) Lire la Bible ne suffit pas. La formation théologique et la formation ecclésiale influencent et sont influencées par la lecture de la Bible. Les communautés qui mettent en pratique l’Ecriture en recherchant le Saint-Esprit, en pratiquant la confession des péchés et le pardon mutuel, en priant pour les malades et en annonçant la bonne nouvelle se retrouvent mieux préparées à la lecture de la Bible.

(2) Lire et relire la Bible. On a facilement tendance à faire du temps passé dans l’Ecriture une sorte de « Jeu des 20 questions » : comment être heureux dans son couple, comment être fidèle en matière de dons, ou que sais-je encore ? Il convient de faire nettement la distinction entre une approche utilitaire, dans laquelle nous traitons la Bible comme un livre de recettes ou une base de données ayant pour vocation de répondre à nos questions personnelles, et la formation d’un esprit façonné par l’Ecriture ayant de Dieu et de sa création une compréhension qui passe à travers le prisme de l’Ecriture. Ce dernier aspect exige une lecture patiente et intentionnelle : lire en quelque sorte sans autre bonne raison que dans le but d’avoir nos dispositions et nos réflexes façonnés par l’Ecriture.

(3) Lire la Bible lentement. Ceux d’entre nous qui se retrouvent à faire des allers-retours constants entre les blogs, les e-mails, les SMS, les fils d’actualité et les réseaux sociaux sur leur smartphone et leur tablette ont besoin de nouvelles formes d’interaction en matière de lecture de la Bible. Car il ne s’agit pas d’être capable d’expédier la lecture du jour à toute vitesse, mais plutôt de savoir procéder lentement, en conjuguant prière, lecture et contemplation.

(4) S’impliquer. S’il est vrai que, depuis un bon siècle, on conçoit davantage l’éducation comme un processus consistant à prendre de la distance afin d’observer, d’évaluer et de parvenir à la connaissance, la pratique de la lecture de la Bible exige des habitudes différentes. L’apprentissage dont il est question ici demande une implication personnelle, ce qui permet d’entendre le message que Dieu veut nous adresser. Pourquoi résistons-nous à tel texte alors que nous accueillons favorablement tel autre ? Quel sens cela a-t-il que nous fassions partie de la communauté des enfants de Dieu à qui s’adresse ce texte ?

(5) Lire la Bible en groupe. Dans la mesure où les textes bibliques ont leur origine et leur finalité profondément ancrées dans la communauté du peuple de Dieu, nous devrions trouver le moyen de lire la Bible en groupe. Je veux insister par là sur l’importance des groupes d’étude, dans lesquels nos opinions et nos présupposés sont mis à l’épreuve ; mais, plus encore, mon propos est de lutter contre la tentation d’imaginer que la Bible a seulement été écrite pour moi et à mon sujet, ou que ma tâche consiste à trouver sa signification en dehors de l’Eglise dans sa dimension universelle, d’un point de vue tant historique que géographique.

(6) Refuser de faire la distinction entre la lecture de la Bible dans le cadre d’un cours ou d’une prédication, et celle destinée à la formation chrétienne. Nous nous plongeons dans la Bible pour différentes raisons et à des moments différents, mais ce serait faire erreur que de penser que la préparation d’un travail d’exégèse ou d’une prédication exige des protocoles différents sur le plan qualitatif. Devons-nous oublier notre positionnement théologique et ecclésial lorsque nous pratiquons l’exégèse ? Quand je me plonge dans l’Ecriture pour préparer une prédication, dois-je court-circuiter le réservoir constitué par ma pratique quotidienne de la lecture de la Bible ? N’est-il pas normal que les crises qui surviennent quand je suis confronté à la voix de Dieu dans l’Ecriture façonnent la lecture que je fais de ces textes avec et pour les autres ?

Il en va pour les pratiques chrétiennes en général comme pour l’élaboration d’attitudes bibliques en matière de foi et de vie : la destination est le voyage en soi. Il s’agit d’un voyage au cours duquel nous découvrons que la lecture de la Bible est une activité qui n’a pas pour but la transformation d’un vieux message en application pour notre temps, mais la transformation de notre vie par l’Ecriture. Dans ces conditions, la Bible ne nous présente pas des textes à maîtriser, mais une Parole dont le but est de façonner notre vie, de nous maîtriser.

 

Joel B Green, original article, Catalyst. Dean of the School of Theology, professor of New Testament interpretation, Fuller Theological Seminary

 

© Alliance biblique universelle

 

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