Alliance biblique française

Traduire la Bible : une grande joie qui exige de l’endurance

Publié le 19 septembre 2012

Rencontre avec Christiane Dieterlé

Chrétienne engagée, bibliste et mère de 3 enfants, Christiane Dieterlé a mis pendant des années sa compétence et sa persévérance au service de deux grands projets de traduction de la Bible en français : Français courant et Parole de Vie. Une douzaine d’années après la fin du dernier projet, elle a accepté de nous faire part de son expérience.
       
       
Quand avez-vous commencé à travailler avec l’ABF ?

A mon retour d’Afrique en 1974, l’Alliance biblique universelle m’a recrutée pour traduire la Bible en français courant. Là j’ai découvert de nouvelles méthodes de travail : chaque traducteur fait relire son travail par d’autres traducteurs. De plus à l’époque l’œcuménisme
progressait, ce qui m’a permis de travailler en collaboration avec des prêtres catholiques par exemple. C’est d’ailleurs à la même époque que la première version de la Traduction œcuménique de la Bible est parue.
 
 
Puis vous avez été l’une des traductrices de la Bible Parole de Vie…
En 1995, alors que j’exerçais le ministère spécialisé de bibliste pour l’Eglise Réformée de France dans la région Centre-Alpes-Rhône, j’ai participé à la traduction de la Bible Parole de Vie aux côtés de Lydie Rivière et d’Elsbeth Scherrer, dans le cadre d’un projet de l’Alliance biblique française. Cela m’a pris 5 années en tout (le projet en lui-même ayant commencé à la fin des années 1980, NDLR).
Depuis, ces expériences en tant que traductrice ont beaucoup enrichi ma pratique de l’animation biblique bénévole, car j’ai conscience des contraintes, voire de l’austérité, du travail de traduction, et en même temps de la part de création, notamment pour une Bible en français fondamental, dont le vocabulaire et les phrases simples rendent nécessaire une vraie créativité.
 
 
Quelles ont été les similitudes et les différences entre la traduction de la Bible en français courant et de la Bible Parole de Vie ?
Il faut garder à l’esprit que 20 ans séparent ces deux traductions. Dans les années 1970, nous expérimentions tout juste une nouvelle méthode, dont la seule utilisation préalable avait été faite par les Britanniques avec la Good News Bible. Comme dans tout processus d’apprentissage, on est maladroit, on s’accroche trop à la méthode, on suit de près le modèle anglais…


Pour la Bible Parole de Vie dans les années 1990, c’était très différent. Nous avions plus d’expérience méthodologique, et par conséquent il était plus aisé de concilier respect de la syntaxe de la langue d’arrivée et traduction contextuelle. De plus, le « dogme » de traduction avait changé dans l’intervalle : on était passé de « le sens doit primer sur le style » à une réflexion sur le fait que le style fait sens, lui aussi. Nous ne pouvions donc plus dissocier autant qu’avant le fond de la forme. Avec davantage de souplesse dans l’utilisation de la méthode et une meilleure prise en compte de l’expression, le résultat n’en était que meilleur.
 
 
Au-delà des différences méthodologiques dans le travail, comment avez-vous vécu ces deux grands chantiers de traduction, auxquels vous vous êtes consacrée des années durant ?
Pour les deux traductions, l’expérience a été ardue, mais en 20 ans j’avais aussi évolué, notamment dans mon travail de bibliste. Pour cette raison, et aussi grâce à mes collègues du projet, j’ai retiré plus de joie de la deuxième expérience. Je suis convaincue que le regard féminin donne un sens différent, que nous les femmes avons une manière plus humble de voir les choses. Même si, pour toutes les vérifications, nous étions relues par des hommes !
Pour la Bible Parole de Vie, je me suis consacrée à plein temps au projet. Mon mari était reparti travailler en Afrique, mes enfants avaient quitté la maison… J’avais plus de liberté, mais ma solitude était grande dans ce travail, dont la durée avait été sous-évaluée à la base. Pour le projet de la Bible en français courant, nous n’avions que des sessions de rencontres de 2 ou 3 jours entre biblistes. Mais pour la Bible Parole de Vie, nous avons pris l’habitude pendant ces 5 ans de travail de nous retrouver pour des sessions en commun de 8 ou 15 jours, ce qui était très enrichissant et rassérénant.
 
 
5 ans de travail de traduction… Comment avez-vous conservé votre motivation pour persévérer jusqu’à la fin du projet ?
Bien sûr pour un chantier d’une telle ampleur temporelle, il est nécessaire de s’aérer l’esprit de temps en temps, pendant quelques jours. J’ai constaté, lors de séances d’animation biblique pendant le chantier, que j’avais du mal à changer de type de langage, tellement j’étais imprégnée par la langue du projet.
Pendant cette période, j’ai animé des sessions bibliques avec des évangéliques du Cameroun : cela m’a beaucoup aidée puisque j’avais devant moi des exemples de personnes à qui cette traduction était précisément destinée : des francophones dont le français est la seconde langue, et pas la langue maternelle.


L'équipe de traduction de la Bible Parole de Vie : Lydie Rivière, Elsbeth Scherrer, Christiane Dieterlé (lancement Parole de Vie en 2000)
 
La traduction Parole de Vie s’adressant à des Francophones du monde entier, cela a-t-il posé des problèmes spécifiques de traduction ?
L’aspect international du projet a rendu notre travail plus ardu et plus intéressant. Par exemple, pour un public d’Afrique francophone, nous aurions pu à certains moments utiliser le mot « calebasse », mais cela n’aurait pas été parlant, par exemple, pour des Belges ou des Luxembourgeois… Nous ne pouvions pas non plus être trop idiomatiques, trop imagés, dans cette traduction. Parfois nous avons été rappelées à l’ordre par nos relecteurs des différents pays partenaires. Je me souviens d’une note de bas de page où, pour nos lecteurs de pays tropicaux, nous avions expliqué que la neige est une matière blanche et douce comme du coton, qui tombe du ciel : nos interlocuteurs canadiens nous ont signalé que cette note leur paraissait inutile !
Les paraboles en revanche n’étaient pas les passages les plus compliqués à traduire parce qu’elles font appel à des choses de la vie courante. Et même si les termes « brebis » ou « mouton » n’ont pas exactement la même signification partout, il faut quand même que le lecteur fasse un chemin vers la culture d’origine du texte. D’où l’importance des notes et annexes ajoutées au texte.
 
Quelle conclusion tirez-vous de ces années de travail ?
Même si l’ascèse et la solitude sont dures à vivre à certains moments, je garde énormément de bons souvenirs de ces expériences, réellement positives.
© Info-Bible, été 2012, ABF

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